Investissements des entreprises : du recul à la transformation

Après près de deux décennies de faibles investissements des entreprises, leurs dépenses en capital sortent enfin de leur longue période de stagnation.  La numérisation, l'énergie et la défense s'imposent comme les principaux pôles d'investissement pour les années à venir.

29 enero 2026

Explication de la faiblesse des investissements

Après la grande crise financière, la croissance des investissements dans les pays de l'OCDE est restée faible. Leur volume total est resté inférieur d'environ 20 % à la tendance d'avant la crise. Les investissements des entreprises, qui représentent en moyenne environ 60 % du total des investissements, en sont une raison importante. La faiblesse de la demande et le niveau élevé d'incertitude expliquent ensemble environ la moitié de ce recul. Les faibles coûts de financement n'ont guère apporté de soulagement, les entreprises préférant thésauriser leurs réserves de trésorerie, racheter leurs propres actions ou acquérir des actifs existants plutôt que d'investir dans de nouveaux moyens de production.

 

Transition vers une économie numérique

Entre-temps, nous avons toutefois assisté à une transition claire vers une économie numérique de la connaissance : les investissements dans les logiciels ont triplé, tandis que ceux dans le matériel informatique et la recherche et développement (R&D) ont presque doublé depuis 2008. Ces dépenses plus élevées en actifs numériques n'ont toutefois pas pu compenser la faiblesse des investissements dans les machines et les structures physiques. Le vieillissement de la population, la pénurie de main-d'œuvre et le ralentissement de la dynamique des entreprises ont constitué des obstacles supplémentaires.

 

Réorientation des flux d'investissement

Ces défis accélèrent aujourd'hui une transformation fondamentale : la pénurie de main-d'œuvre stimule l'automatisation, l'incertitude conduit à une allocation plus intelligente du capital plus près de chez soi et le vieillissement des infrastructures nécessite des rénovations. L'intelligence artificielle est au cœur de cette évolution, avec des dépenses mondiales qui atteindront 2 000 à 3 000 milliards de dollars d'ici la fin de la décennie.

 

Essor de l’IA

L'essor rapide de l'IA stimule la demande en électricité et met en évidence les faiblesses des réseaux existants. Le thème de la durabilité oriente d'importantes sommes vers des alternatives renouvelables, la construction d'infrastructures et la capacité de stockage. La Chine prend les devants au niveau mondial, soutenue par une politique forte et une position dominante dans la production de technologies vertes.

Outre l'IA et les sources d'énergie durables, les dépenses de défense augmentent également rapidement et s'étendent aux applications cybernétiques, à l'espace et à la sécurité des chaînes d'approvisionnement. Le dividende de la paix appartient clairement au passé.

 

Pression de Draghi en faveur des reformes

Qu'est-ce que cela signifie pour l'Europe ? Mario Draghi estime que l'Europe aura besoin de près de 1 200 milliards d'euros par an jusqu'en 2031 pour faire face aux défis économiques et géopolitiques actuels. Un an après la publication de son célèbre rapport, son message continue de résonner : l'Europe doit combler son retard en matière d'innovation et de productivité. La véritable faiblesse réside dans le budget privé consacré à la R&D. Les dépenses publiques en R&D sont comparables à celles des États-Unis, mais les dépenses privées sont beaucoup plus faibles. Sans changement de cap, l'Europe risque de rester enlisée dans un cycle de croissance lente de la productivité, de faible compétitivité et d'autonomie réduite.
 

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29 enero 2026

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