Feu et Glace : Les 5 leviers de la résistance de l’UE dans la crise du Groenland
La menace du président américain Donald Trump d’acquérir le Groenland et d’imposer des droits de douane à huit partenaires commerciaux européens a encore entamé la confiance des dirigeants de l’Union européenne (UE) envers la puissante alliance forgée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Céder la souveraineté du Groenland aux États-Unis constitue une ligne rouge pour l’UE. Alors que Trump semble faire marche arrière, la question reste néanmoins posée. Quoi qu’il en soit, l’Europe ne manque pas de leviers dans la saga du Groenland.
Quel est l’objectif ultime ?
Soyons clairs dès le départ. L’annexion américaine du Groenland constituerait une violation de la souveraineté danoise et du droit à l’autodétermination des Groenlandais, compromettant fondamentalement la crédibilité de l’OTAN et risquant potentiellement de mettre fin à l’alliance transatlantique. Une telle évolution profiterait grandement à des pays comme la Russie et la Chine.
Notre hypothèse de travail est que Donald Trump cherche à mettre en avant une nouvelle réalisation emblématique, fidèle à son approche bien connue de « l’art de la négociation ». En recourant à une pression maximale et à une stratégie d’escalade, Donald Trump tente de créer un levier de négociation majeur afin d’obtenir quelque chose en retour (y compris en termes de prestige personnel).
Officiellement, l’intérêt pour le Groenland est principalement lié à la sécurité nationale, Donald Trump considérant l’île comme essentielle pour le système antimissile « Golden Dome » destiné à intercepter d’éventuelles frappes hostiles. La valeur stratégique de l’île est amplifiée par sa position sur les nouvelles routes maritimes arctiques émergentes. À mesure que la fonte des glaces ouvre le passage du Nord-Ouest, les temps de transit se réduisent entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord. Certains observateurs mettent également en avant la richesse minérale du Groenland comme un atout économique, même si l’accès à ces ressources demeure aujourd’hui trop complexe (et onéreux).
On peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles les États-Unis adoptent une stratégie aussi exceptionnellement agressive à l’égard du Groenland, plutôt que de s’appuyer sur la diplomatie traditionnelle avec le Danemark, le gouvernement groenlandais et l’OTAN. D’autant plus qu’un traité signé en 1951 accorde déjà aux États-Unis des droits militaires étendus sur l’île. Par ailleurs, la perspective de « s’emparer du Groenland » suscite peu d’adhésion au sein de la base républicaine de Donald Trump, même si une partie d’entre eux se montre favorable à une acquisition par des moyens pacifiques. Une première explication tient au fait que Trump, en tant qu’« homme d’affaires immobilier », souhaite obtenir quelque chose de concret (la propriété plutôt qu’un simple partenariat). Une deuxième raison réside dans le manque de considération pour l’Europe, perçue comme faible. Enfin, une troisième raison est que Trump reste fidèle à lui-même.
Que pourrait faire l’Europe À court terme ?
Les États-Unis pourraient presque certainement garantir un accès plus durable et plus stable aux atouts stratégiques du Groenland par une diplomatie collaborative plutôt que par la coercition. Cependant, compte tenu de l’imprévisibilité propre à Donald Trump, le risque de voir émerger de nouvelles initiatives hostiles en vue de l’annexion du Groenland – qu’elles impliquent ou non une compensation financière – ne peut être totalement exclu. Après tout, la psychologie dite « TACO » – acronyme de « Trump Always Chickens Out[1] » – que certains observateurs lui attribuent, ne s’est pas toujours vérifiée.
Donald Trump a annoncé que huit pays européens (et membres de l’OTAN) – dont le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et le Royaume-Uni – seraient soumis à un tarif douanier de 10 % supplémentaires sur l’ensemble de leurs exportations vers les États-Unis à compter du 1er février, ce taux devant passer à 25 % au 1er juin, sauf en cas de prise de contrôle totale et complète du Groenland.
Cela soulève la question de la réaction européenne. Si nous sommes convaincus que l’Europe réagira – la notion de « ligne rouge » n’est pas anodine dans ce contexte – nous pensons que les dirigeants européens continueront d’agir avec prudence. Nous présentons ci-dessous cinq axes potentiels de résistance (sans ordre de priorité), accompagnés d’une brève évaluation de leur probabilité de mise en œuvre.
Découvrez l'analyse complète dans le CIO Perspectives
[1] En français : Trump finit toujours par se dégonfler.
22 enero 2026
